Les
changements climatiques ne sont plus une question ‘’académique’’, nous vivons
le phénomène chaque jour que Dieu fait et en temps réel. Les chercheurs les plus
concernés par le climat, notamment ceux du Groupe Intergouvernemental d’Experts
sur l’Evolution du Climat, s'accordent à considérer que le climat se réchauffe
et que l’activité humaine (industries, transport, etc.) en est la principale
cause.
Les nombreux articles publiés dans les revues scientifiques depuis
plusieurs décennies mettent en exergue l’existence du phénomène et son ampleur.
‘’ Il y a comme un consensus sur le consensus’’ a écrit récemment Philippe Huneman dans le Monde pour soutenir l’idée selon laquelle, les climato-sceptiques du
monde de la science - ils ne sont pas légion – viendraient de disciplines
scientifiques dont le climat n’est pas l’objet. Il s’agit entre autres de la
physique et de la géologie. Pour ce qui me concerne, les géologues, physiciens
et environnementalistes que j’ai côtoyés dans ma vie professionnelle ne comptent
aucun contestataire des thèses soutenant le rôle de l’homme dans le dérèglement
du climat dans leurs rangs.
Mon
propos n’est pas de prendre position dans ce débat scientifique, mais simplement
de rappeler quelques faits pouvant aider à mieux comprendre les motivations de
ceux qui tiennent un discours climato-sceptique et les fins qu'ils poursuivent par
rapport aux négociations d’un nouveau traité universel et juridiquement
contraignant sur le climat.
Il
convient de faire remarquer, tout d’abord, que le discours qui conteste
l’origine anthropique du réchauffement de l’atmosphère relève plus de
l’économie que de la science. Il utilise des arguments relevant de domaines
scientifiques autres que la climatologie pour défendre un modèle économique
basé sur la recherche effrénée du profit. Ce modèle économique qui gouverne le
monde depuis l’ère préindustrielle, révèle aujourd’hui des limites objectives
quant à préservation des ressources de la planète et à la promotion d’un développement durable.
Les
plus grands chantres de ce discours néo-conservateur et néo-libéral se
recrutent chez les magnats de l’industrie pétrolière (texane) et les grands
exploitants de charbon dans le monde. Leur devise est simple et
implacable : faire du profit à tout prix et au mépris de la santé de
l’environnement et des souffrances humaines. Ces lobbys ne s’imaginent pas, un
seul instant, vivre dans un monde sans pétrole. Par conséquent, ils ne veulent
pas entendre parler de substitution du pétrole, du gaz ou du charbon par
d’autres formes d’énergie, fussent-elles renouvelables. La seule condition qui
peut les amener à prendre le train de la transition énergétique en marche, un
peu partout dans le monde, en Europe notamment, est que les énergies de
substitution leur procurent les mêmes niveaux de profit.
L’histoire
regorge d’exemples démontrant que le profit réalisé dans un domaine d’activité
donné, au mépris de toute autre considération sociale ou environnementale,
n’évolue que lorsque des alternatives offrant des niveaux de profit similaires
sont trouvées. L’illustration la plus parfaite que l’on peut mentionner en remontant
le cours de l’histoire, c’est la traite négrière qui pendant près d’un siècle a
été l’une des principales sources de profit pour le monde occidental. Un pays
comme l’Angleterre tirait jusqu’à 25 % de ses revenus du commerce triangulaire.
Au discours humaniste du mouvement abolitionniste dirigé par William Wilberforce
qui voulait faire adopter une loi antiesclavagiste, les familles aristocrates
qui dominaient le commerce triangulaire ont opposé pendant longtemps des
arguments économiques. C’est lorsque dans les années 1810 – 1830 l’évolution
technologique a permis de fabriquer des machines permettant de faire des
profits plus importants dans l’industrie sucrière, que l’aristocratie a commencé
à se montrer plus ouverte aux idées abolitionnistes. Il a fallu au parlement britannique à peine un mois pour adopter la loi
antiesclavagiste qu’elle a passé son temps à réfuter pendant plusieurs
décennies.
Le
problème se pose en termes similaires en ce qui concerne la problématique des changements
climatiques. Pour maintenir le réchauffement de l’atmosphère sous la barre des
2° Celsius, il faudrait que 80 % des réserves actuelles des énergies fossiles
(pétrole, gaz et charbon, etc.) soient laissées non exploitées dans le sous-sol
et que les besoins énergétiques futurs soient satisfaits à partir des énergies
renouvelables. La fin de l’ère du pétrole n’est pas pour demain et il est
difficile de prévoir l’horizon temporel dans lequel le pétrole cessera d’être
la principale source d’énergie sur terre. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe
un mouvement fort de désinvestissement visant le secteur des énergies fossiles.
Ce mouvement qui est animé par des organisations non gouvernementales, est entrain
de marquer des points dans lutte contre les investissements dans le secteur du
pétrole et du gaz.
Des Fonds de pension, des Groupes d’assurance internationaux et de grands
investisseurs – ils seraient plus de 400 – pesant quelques 2.600 milliards de dollars
américains ont pris récemment l’engagement de ne plus investir dans ce secteur.
D’un autre côté, le moteur électrique est en passe de remplacer le moteur à
explosion dans l’industrie automobile.
Le
temps est donc venu pour les lobbys du pétrole, du gaz et du charbon de changer
de fusil d’épaule. Les climato-sceptiques aussi.
Masse
Lô,
Géographe,
environnementaliste.

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