lundi 30 novembre 2015

Contribution: Aux climato-sceptiques, il faudrait, peut-être, rappeler ce qui suit :

 Les changements climatiques ne sont plus une question ‘’académique’’, nous vivons le phénomène chaque jour que Dieu fait et en temps réel. Les chercheurs les plus concernés par le climat, notamment ceux du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat, s'accordent à considérer que le climat se réchauffe et que l’activité humaine (industries, transport, etc.) en est la principale cause.


 Les nombreux articles publiés dans les revues scientifiques depuis plusieurs décennies mettent en exergue l’existence du phénomène et son ampleur. ‘’ Il y a comme un consensus sur le consensus’’  a écrit récemment Philippe Huneman dans le Monde pour soutenir l’idée selon laquelle, les climato-sceptiques du monde de la science - ils ne sont pas légion – viendraient de disciplines scientifiques dont le climat n’est pas l’objet. Il s’agit entre autres de la physique et de la géologie. Pour ce qui me concerne, les géologues, physiciens et environnementalistes que j’ai côtoyés dans ma vie professionnelle ne comptent aucun contestataire des thèses soutenant le rôle de l’homme dans le dérèglement du climat dans leurs rangs.
Mon propos n’est pas de prendre position dans ce débat scientifique, mais simplement de rappeler quelques faits pouvant aider à mieux comprendre les motivations de ceux qui tiennent un discours climato-sceptique et les fins qu'ils poursuivent par rapport aux négociations d’un nouveau traité universel et juridiquement contraignant sur le climat.
Il convient de faire remarquer, tout d’abord, que le discours qui conteste l’origine anthropique du réchauffement de l’atmosphère relève plus de l’économie que de la science. Il utilise des arguments relevant de domaines scientifiques autres que la climatologie pour défendre un modèle économique basé sur la recherche effrénée du profit. Ce modèle économique qui gouverne le monde depuis l’ère préindustrielle, révèle aujourd’hui des limites objectives quant à préservation des ressources de la planète et à la promotion  d’un développement durable. 
Les plus grands chantres de ce discours néo-conservateur et néo-libéral se recrutent chez les magnats de l’industrie pétrolière (texane) et les grands exploitants de charbon dans le monde. Leur devise est simple et implacable : faire du profit à tout prix et au mépris de la santé de l’environnement et des souffrances humaines. Ces lobbys ne s’imaginent pas, un seul instant, vivre dans un monde sans pétrole. Par conséquent, ils ne veulent pas entendre parler de substitution du pétrole, du gaz ou du charbon par d’autres formes d’énergie, fussent-elles renouvelables. La seule condition qui peut les amener à prendre le train de la transition énergétique en marche, un peu partout dans le monde, en Europe notamment, est que les énergies de substitution leur procurent les mêmes niveaux de profit.
L’histoire regorge d’exemples démontrant que le profit réalisé dans un domaine d’activité donné, au mépris de toute autre considération sociale ou environnementale, n’évolue que lorsque des alternatives offrant des niveaux de profit similaires sont trouvées. L’illustration la plus parfaite que l’on peut mentionner en remontant le cours de l’histoire, c’est la traite négrière qui pendant près d’un siècle a été l’une des principales sources de profit pour le monde occidental. Un pays comme l’Angleterre tirait jusqu’à 25 % de ses revenus du commerce triangulaire. Au discours humaniste du mouvement abolitionniste dirigé par William Wilberforce qui voulait faire adopter une loi antiesclavagiste, les familles aristocrates qui dominaient le commerce triangulaire ont opposé pendant longtemps des arguments économiques. C’est lorsque dans les années 1810 – 1830 l’évolution technologique a permis de fabriquer des machines permettant de faire des profits plus importants dans l’industrie sucrière, que l’aristocratie a commencé à se montrer plus ouverte aux idées abolitionnistes. Il a fallu au parlement britannique à peine un mois pour adopter la loi antiesclavagiste qu’elle a passé son temps à réfuter pendant plusieurs décennies.
Le problème se pose en termes similaires en ce qui concerne la problématique des changements climatiques. Pour maintenir le réchauffement de l’atmosphère sous la barre des 2° Celsius, il faudrait que 80 % des réserves actuelles des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon, etc.) soient laissées non exploitées dans le sous-sol et que les besoins énergétiques futurs soient satisfaits à partir des énergies renouvelables. La fin de l’ère du pétrole n’est pas pour demain et il est difficile de prévoir l’horizon temporel dans lequel le pétrole cessera d’être la principale source d’énergie sur terre. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe un mouvement fort de désinvestissement visant le secteur des énergies fossiles. Ce mouvement qui est animé par des organisations non gouvernementales, est entrain de marquer des points dans lutte contre les investissements dans le secteur du pétrole et du gaz. Des Fonds de pension, des Groupes d’assurance internationaux et de grands investisseurs – ils seraient plus de 400 – pesant quelques 2.600 milliards de dollars américains ont pris récemment l’engagement de ne plus investir dans ce secteur. D’un autre côté, le moteur électrique est en passe de remplacer le moteur à explosion dans l’industrie automobile.
Le temps est donc venu pour les lobbys du pétrole, du gaz et du charbon de changer de fusil d’épaule. Les climato-sceptiques aussi.

Masse Lô,
Géographe, environnementaliste.


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